L'essentiel
- Pantone désigne des couleurs en ton direct, c'est à dire des encres pré-mélangées à l'avance, tandis que le CMJN fabrique une couleur en superposant quatre encres (cyan, magenta, jaune, noir)
- Le nuancier Pantone existe en version Coated (C, papier couché) et Uncoated (U, papier non couché), car la même référence change d'aspect selon le papier
- Le Pantone Color Bridge permet de comparer une couleur Pantone Solid avec sa simulation en quadrichromie, mais le résultat reste une approximation
- Pour un logo ou une identité visuelle qui doit rester identique partout, le ton direct Pantone est la solution la plus sûre ; pour une photo ou un visuel riche en couleurs, la quadrichromie CMJN reste la pratique courante
- La seule référence fiable pour valider une couleur Pantone reste un nuancier physique récent, pas un écran
Pantone désigne des couleurs en ton direct, c'est à dire des encres pré-mélangées à l'avance, à la différence du CMJN qui fabrique une couleur en superposant quatre encres (cyan, magenta, jaune, noir). Pour un logo ou une teinte précise qui doit rester identique sur tous les supports, le ton direct Pantone garantit une reproduction constante ; pour une photo ou un visuel complexe, la quadrichromie CMJN reste la pratique la plus courante. Voici comment fonctionnent ces deux systèmes, ce que contient réellement un nuancier Pantone, et comment préparer un fichier sans se le voir refuser.
Pantone, c'est quoi exactement
Pantone est un système de référencement des couleurs utilisé dans le graphisme, l'impression et le packaging. Il a été imaginé pour résoudre un problème concret : chaque imprimerie et chaque fabricant d'encre avait sa propre façon de désigner une couleur, ce qui créait des écarts d'un atelier à l'autre. Le Pantone Matching System, le PMS, attribue à chaque teinte un code unique plutôt qu'un nom ou une description subjective, et permet ainsi de communiquer une couleur de façon standardisée entre un graphiste, une agence et un imprimeur.
Le système a été créé en 1963 par Lawrence Herbert, qui a conçu le premier nuancier standardisé. L'entreprise a ensuite été rachetée par X-Rite en 2007, un acteur de la mesure scientifique de la couleur, ce qui a renforcé la dimension technique du système au-delà du simple recueil d'échantillons. Le nuancier Pantone, aussi appelé pantonier, reste aujourd'hui le point de passage obligé quand une couleur doit être identique d'une impression à l'autre, quel que soit l'imprimeur ou le pays.
Pantone ou CMJN : la différence entre ton direct et quadrichromie
La question n'oppose pas deux variantes d'un même procédé, mais deux logiques différentes de fabrication de la couleur. Le CMJN reconstitue une teinte en superposant quatre encres en proportions variables. Le Pantone, au contraire, utilise une encre déjà préparée au bon dosage avant même d'être posée sur le papier : c'est ce qu'on appelle un ton direct, par opposition à la quadrichromie.
Le CMJN, une couleur reconstituée à partir de quatre encres
CMJN signifie cyan, magenta, jaune, noir : c'est le mode colorimétrique standard de l'impression offset et numérique. Chaque couleur du document est décomposée en un pourcentage de ces quatre encres, imprimées en couches superposées pour donner l'illusion d'une couleur unique. Ce système a une limite connue : certaines couleurs vives à l'écran, en particulier des verts, des oranges et des bleus électriques en RVB, n'ont pas d'équivalent exact en CMJN et ressortent plus ternes une fois imprimées. Pour un fichier qui part d'un mode écran, convertir vers le CMJN avant l'envoi évite les mauvaises surprises ; la méthode est détaillée dans notre article sur la différence entre CMJN et RVB et comment convertir un fichier.
Le Pantone, une encre préparée à l'avance (ton direct)
Le système Pantone repose sur quatorze couleurs de base, chacune identifiée par un nom et un numéro unique. À partir de ces couleurs de base, le pressier mélange les encres pour obtenir un ensemble beaucoup plus large de teintes, réparties en plusieurs gammes selon l'usage. Contrairement au CMJN, l'encre Pantone n'est pas reconstituée au moment de l'impression par superposition de quatre couleurs : elle est fabriquée en amont, selon une formule précise, puis posée en une seule passe. C'est ce qui permet une reproduction identique d'une impression à l'autre, y compris quand les travaux sont réalisés à des dates différentes ou par des ateliers différents.
Le nuancier Pantone : PMS, Coated, Uncoated, Color Bridge
Un nuancier Pantone n'est pas un simple classeur de couleurs : il existe plusieurs familles selon le secteur, le support et l'usage. Pour le graphisme et l'impression, la référence est le système PMS (Pantone Solid), destiné principalement à ces métiers.
PMS, le système pour le graphisme et l'impression
Chaque couleur du système PMS possède une référence qui permet aux graphistes, imprimeurs, agences et fabricants de communiquer une couleur de manière standardisée, sans dépendre d'une description approximative. La gamme évolue régulièrement : la gamme Pantone Graphics 2026 comprend désormais 2 614 couleurs Pantone Solid, après l'ajout de 224 nouvelles couleurs, numérotées de Pantone 6225 à Pantone 6448. C'est dire l'ampleur du système par rapport aux quelques centaines de combinaisons qu'un œil non entraîné distingue facilement à l'écran.
Coated (C) et Uncoated (U) : le papier change le rendu de la couleur
Dans le système PMS, une même référence Pantone peut être présentée sur deux types de papier, et le rendu visuel n'est pas identique. Pantone C, pour « Coated », correspond à une impression sur papier couché, généralement plus lisse et moins absorbant. Pantone U, pour « Uncoated », correspond à une impression sur papier non couché, plus absorbant, qui donne un aspect plus mat et légèrement plus sourd à la même encre. Avant de valider une couleur, il faut donc savoir sur quel papier le document final sera imprimé : le choix entre papier couché et non couché a un effet direct sur le résultat, comme l'explique notre article sur les différences entre papier couché et non couché. Pour la majorité des usages graphiques, le Pantone Formula Guide Coated et Uncoated reste l'outil de référence pour sélectionner une couleur Pantone Solid.
| Version du nuancier | Papier concerné | Effet sur la couleur |
|---|---|---|
| Pantone C (Coated) | Papier couché, lisse, peu absorbant | Couleur plus nette, souvent plus vive |
| Pantone U (Uncoated) | Papier non couché, plus absorbant | Couleur plus mate, légèrement plus sourde |
Pantone Color Bridge, comparer ton direct et quadrichromie
Le Pantone Color Bridge permet de comparer une couleur Pantone Solid avec une simulation obtenue à partir des principaux procédés numériques et quadrichromiques. C'est l'outil le plus adapté quand un même visuel doit exister à la fois en ton direct et en CMJN, par exemple un logo destiné à être imprimé en Pantone sur des supports signalétiques et en quadrichromie sur des flyers. Il reste toutefois une comparaison, pas une garantie d'identité parfaite : la quadrichromie ne reproduit jamais un ton direct à l'identique, elle s'en approche.
PMS, TCX, TPG : des usages différents selon le support
Au-delà du graphisme, le système Pantone couvre d'autres secteurs, avec des nuanciers distincts qui ne sont pas interchangeables. Chacun correspond à un support et à un métier précis.
| Besoin | Système conseillé |
|---|---|
| Graphisme et impression | Pantone PMS |
| Mode, vêtements et textile | Pantone TCX |
| Ameublement textile | Pantone TCX |
| Décoration et surfaces rigides | Pantone TPG |
| Cosmétique, accessoires, cuir ou objets | Pantone TPG |
Le TCX regroupe les couleurs Pantone Fashion, Home + Interiors présentées sur coton, destinées notamment au textile et à la mode. Le TPG regroupe les mêmes familles de couleurs, mais présentées sur papier, pour la décoration, les surfaces rigides et le design produit. Pour une activité centrée sur l'impression de documents, c'est bien le PMS qui s'applique ; les autres nuanciers ne donnent pas un rendu fiable sur papier imprimé.
Quand choisir le Pantone, quand rester en quadrichromie
Le choix entre ton direct et quadrichromie dépend d'abord de la nature du visuel et de l'exigence de constance couleur. Un logo ou une charte graphique qui doit rester rigoureusement identique, quel que soit le support ou le moment de l'impression, se prête bien au ton direct Pantone. Le système est particulièrement utile pour les graphistes et les agences qui doivent adapter une identité couleur entre une impression en ton direct, une impression CMJN et un affichage numérique, en s'appuyant sur le même code de référence pour les trois usages.
À l'inverse, un visuel composé de photographies, de dégradés ou de nombreuses teintes différentes dans une même composition se prête mal au ton direct : il faudrait une encre dédiée par couleur, ce qui alourdit la préparation et le nombre de passages. La quadrichromie CMJN reste alors la solution adaptée, car elle reconstitue toutes les nuances à partir de seulement quatre encres superposées. Les procédés d'impression eux-mêmes ont une influence sur ce choix ; pour comparer les options disponibles, notre article offset ou numérique détaille les différences entre les deux familles de procédés. La sérigraphie, de son côté, imprime souvent en encres opaques posées une à une, un principe qui se rapproche de la logique du ton direct plus que de la quadrichromie ; voyez notre article sur la sérigraphie pour ce procédé particulier.
Comment préparer un fichier avec une couleur Pantone, pas à pas
Préparer un fichier qui contient une couleur Pantone demande quelques précautions, que ce soit dans un logiciel de mise en page comme InDesign, Affinity ou Scribus.
- Identifier le code Pantone exact à partir d'un nuancier physique récent plutôt qu'à l'écran : la couleur affichée en RVB sur un moniteur ne correspond jamais exactement à l'encre réelle.
- Dans le logiciel de mise en page, créer la couleur en sélectionnant la bibliothèque Pantone (PMS) plutôt qu'en tapant un code CMJN approché à l'œil.
- Indiquer clairement à l'imprimeur si la couleur doit sortir en ton direct (encre dédiée) ou si une simulation en quadrichromie est acceptée : les deux options donnent un résultat différent et un coût de préparation différent.
- Vérifier quel support sera utilisé, papier couché ou non couché, car la même référence Pantone n'a pas tout à fait le même aspect sur les deux : choisir la version C ou U du nuancier en conséquence.
- Si le document mélange un aplat en Pantone et des éléments en CMJN (une photo, par exemple), signaler cette combinaison dans le fichier d'envoi et vérifier le gabarit de l'imprimeur, car cette configuration demande un nombre de couleurs supplémentaire par rapport à une impression standard en quadrichromie.
- Exporter en PDF et relire les couleurs en gardant à l'esprit que l'écran reste un affichage en RVB : la seule validation fiable avant envoi reste la comparaison avec le nuancier physique, pas avec ce qui apparaît sur un moniteur.
Exemple concret : le logo d'une association en Pantone
Léa anime une association et fait refaire le logo avant d'imprimer 500 flyers A5 ainsi que des cartes de visite pour les bénévoles. Le vert du logo doit rester rigoureusement le même sur tous les supports, y compris sur des banderoles réalisées plus tard par un autre prestataire. Sa graphiste identifie d'abord le code Pantone exact du vert sur un nuancier physique, puis le renseigne dans le fichier comme couleur Pantone et non comme un simple aplat CMJN approché. Pour les flyers, qui comportent aussi des photos d'événements associatifs, l'imprimeur propose une impression en quadrichromie standard, avec une simulation du vert en CMJN la plus proche possible du Pantone d'origine. Pour les cartes de visite, imprimées en plus petite quantité mais sur un support où la couleur est très visible, Léa demande un devis en ton direct afin que le vert soit identique à celui du logo officiel, sans passer par une simulation en quatre couleurs. Le résultat final diffère légèrement entre les deux supports, ce qui est normal et attendu : la quadrichromie approche la couleur, le ton direct la reproduit.
L'erreur la plus fréquente
Choisir une couleur Pantone en la regardant sur un écran, puis valider son fichier sans jamais la comparer à un nuancier physique. L'écran affiche en RVB, pas en encre réelle, et la différence entre ce qui apparaît à l'écran et ce qui sort de l'imprimante ou de la presse peut être importante selon le réglage du moniteur. Pour sélectionner ou valider précisément une couleur Pantone, un nuancier physique récent reste la référence professionnelle : c'est le seul moyen fiable de savoir à quoi ressemblera réellement la teinte imprimée, en particulier en cas d'hésitation entre une version Coated et une version Uncoated du même code.
Pantone, CMJN et choix de l'imprimeur : deux questions différentes
Le choix entre Pantone et CMJN concerne la fabrication de la couleur, pas les pratiques environnementales de l'atelier qui imprime le document. Si cette seconde question intéresse aussi, le label Imprim'Vert porte sur l'imprimerie elle-même, pas sur le papier ni sur le mode colorimétrique utilisé : il s'appuie sur un cahier des charges en cinq critères, dont l'élimination conforme des déchets dangereux et un suivi régulier des consommations énergétiques. Les critères complets du label sont présentés dans notre article Imprim'Vert : ce que garantit le label, et comment le vérifier, et plus largement dans notre rubrique procédés et labels pour comparer les différents procédés d'impression.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le système Pantone ?
C'est un système de référencement des couleurs, le Pantone Matching System (PMS), qui attribue un code unique à chaque teinte afin de garantir une correspondance identique d'une impression à l'autre, quel que soit l'atelier qui l'imprime. Il a été créé en 1963 par Lawrence Herbert.
Peut-on obtenir n'importe quelle couleur Pantone en CMJN ?
Non, pas exactement. Le Pantone Color Bridge permet de comparer une couleur Pantone Solid avec une simulation obtenue en quadrichromie, mais cette simulation reste une approximation, pas une reproduction identique de l'encre en ton direct d'origine.
Quelle est la différence entre Pantone C et Pantone U ?
Pantone C (Coated) correspond à une impression sur papier couché, plus lisse et moins absorbant ; Pantone U (Uncoated) correspond à une impression sur papier non couché, plus absorbant, qui donne un rendu plus mat à la même référence de couleur.
Que sont le Pantone TCX et le Pantone TPG ?
Ce sont deux nuanciers de la famille Pantone Fashion, Home + Interiors, destinés au textile et à la décoration plutôt qu'au graphisme et à l'impression. Le TCX présente les couleurs sur coton, le TPG les présente sur papier.
Qui a créé le système Pantone ?
Lawrence Herbert, employé de Pantone Inc., a créé le premier nuancier standardisé en 1963 pour résoudre les écarts de couleur entre les imprimeries. L'entreprise a ensuite été rachetée par X-Rite en 2007.
Comment choisir un nuancier Pantone à jour ?
Privilégier un nuancier physique récent correspondant au support réellement utilisé (Coated pour papier couché, Uncoated pour papier non couché), car les gammes évoluent régulièrement avec l'ajout de nouvelles références au fil des éditions.
Le Pantone et le CMJN ne sont pas deux concurrents, mais deux outils qui répondent à des besoins différents. Pour mon propre travail de rédaction sur ce magazine, je retiens surtout une chose : demander systématiquement à l'imprimeur s'il travaille le fichier en simulation ou en encre dédiée évite bien des déceptions à la réception du tirage, quel que soit le budget du projet.
Sources

Rémi Castelbrun, rédacteur en chef. Passé par l'atelier et le studio graphique, il explique l'impression sans jargon : formats, fichiers, papiers, finitions. Chaque règle est vérifiée.



